Le dépistage systématique du cancer de la prostate fait débat partout dans le monde, notamment depuis que deux grandes études étaient arrivées à des résultats contradictoires :

  • l’une, américaine, montrait que le dépistage ne réduisait pas la mortalité par cancer de la prostate (PLCO – Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Cancer Screening Trial),
  • alors que l’autre, européenne, avait démontré au contraire, une baisse de la mortalité (ERSPC – European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer).

De ce fait, si vous alliez voir votre médecin traitant pour votre prévention, certains vous proposaient un dépistage et d’autres pas. La question se compliquait de savoir si, pour ce dépistage, une simple prise de sang suffisait, grâce au dosage du « Prostate-Specific Antigen » (PSA), ou s’il fallait en plus faire systématiquement un toucher rectal, très déplaisant pour de nombreux hommes. Le PSA s’accroît en effet dans le sang quand le volume de la prostate augmente, que cela soit pour un adénome (bénin) ou un cancer.

Ce constat ne satisfaisait personne et une équipe de statisticiens américains a eu la bonne idée de refaire les calculs des deux études en distinguant de manière similaire, dans les deux études, ceux qui avaient bénéficié d’un dépistage systématique, de ceux qui n’en avaient pas bénéficié.

Les résultats publiés début  septembre sont très clairs : la baisse de mortalité liée au dépistage du cancer de la prostate est comprise entre 25 et 31 % dans l’étude européenne et entre 27% et 32% dans l’étude américaine.

Que retenir en pratique ? Que diagnostiquer tôt un cancer de la prostate permet de le traiter au mieux et que de ce fait le dépistage systématique est très utile. Celui-ci peut commencer dès l’âge de 45 ans chez les personnes d’origine antillaise, plus exposées, et à 50 ans pour les autres, avec un simple dosage des PSA tous les 2 ans. Qu’en cas de découverte d’un PSA élevé, ou de grosse prostate au toucher rectal, la biopsie n’est pas systématique, car les bilans d’imagerie sont maintenant très performants. Il est même possible dans certains cas de suivre tous les 6 mois l’évolution des PSA et de ne rien faire en cas de non-évolution. Ces approches permettent de proposer aux patients les meilleurs suivis et traitements.

Source : Ruth Etzioni et al.(2017). Reconciling the Effects of Screening on Prostate Cancer Mortality in the ERSPC and PLCO Trials Ann Intern Med. September 5.

http://annals.org/aim/article/2652567/reconciling-effects-screening-prostate-cancer-mortality-erspc-plco-trials