56 jours, soit quasiment 2 mois, quel bel exploit collectif ! L’épidémie marque le pas et nous devrions pouvoir être déconfinés le 11 mai. Ce sera donc ma dernière chronique et je tiens à vous remercier pour tous vos sympathiques messages. Vous me dites que je vous ai fait sourire, rire et réfléchir. Tant mieux ! Comme nous ne pouvons plus nous serrer la main, serrons-nous les coudes !

 

Dr Philippe Presles

Paris, le 7 avril 2020

 

Avec cette carte qui distingue la France libre de la France occupée, nous allons devoir continuer à résister. Mais il me semble que nous aurons davantage à combattre nos peurs. Certains me disent craindre d’envoyer leurs enfants à l’école à cause de la maladie de Kawasaki (Non, pas la moto, mais une vascularite). Mais la grippe et bien d’autres maladies infectieuses courantes présentent elles aussi des formes graves. Certains ne vaccinent pas leurs enfants contre la rougeole et ne semblent pas avoir peur de la leuco encéphalite sclérosante subaiguë (LESS) pourtant systématiquement fatale. Les livres de médecine sont bourrés de toutes ces maladies redoutables et heureusement très rares.

 

N’ayons pas peur de tout

 

Mais n’est-ce pas le rôle des médecins de filtrer pour nous ces informations, et de porter sur eux ces angoisses improbables ? D’une manière générale, pouvons-nous vivre sereinement en connaissant tous les risques auquel la vie nous expose ? Je me dis que nous sommes allés trop loin dans le partage de l’information entre médecins et grand public. Prendrions-nous nos médicaments si les médecins ajoutaient en bas de leurs prescriptions tous leurs effets secondaires rares et graves ? Alors moi, en tant que médecin, je dis aux parents d’envoyer leurs enfants à l’école, car leur risque est tellement faible, qu’ils ne risquent quasiment rien. (En sachant que « rien, ce n’est pas rien ! », comme le disait Raymond Devos, mais c’était pour en rire !).

 

Décidément, cette épidémie nous a beaucoup appris. Tenez par exemple, je me disais encore en avril que nous souffrons trop d’infobésité et d’envahissement de fake news. Sur ce plan, Trump a fait particulièrement fort en nous suggérant d’ingérer de l’eau de javel ! C’est vrai, mais que reste-t-il de la pandémie grippale de 1918 ? Rien. Un siècle plus tard, la pandémie de 2019 va laisser tellement de traces, que la décision de disposer d’un stock de masques par sécurité ne sera plus contestable. Ce sera même un gros stock !

 

Qu’avons-nous appris sur nous-mêmes ?

 

Nous avons tous tiré de nombreuses leçons de cette période de confinement. Par exemple nous avons beaucoup moins dépensé. Récemment, je faisais un achat sur un site et je ne me souvenais plus du code de sécurité de ma carte bancaire ! Du coup, je pense qu’il faut vraiment nous poser deux questions :

  • Quelles sont les choses importantes qui nous manquent vraiment ?
  • Quelles sont les choses à l’inverse qui ne nous manquent pas, mais alors vraiment pas ?!

 

Moi, ce qui me manque c’est ma famille et mes amis bien sûr. Ce sont aussi les week-end, les sorties au cinéma, au théâtre, au restaurant, dans les cafés, dans les musées et les balades en moto ! Sur le plan, le déconfinement va surtout me permettre de sortir ma Ducati… Et vous, qu’est-ce qui vous manque ?

 

Une autre façon de répondre à cette question de ce qui compte vraiment pour vous, est de vous remémorer les meilleurs moments de ce confinement.  Voici ma liste, dont vous pouvez déjà deviner quelques éléments après avoir lu mes chroniques :

  • Les gâteaux de Jane, avec un faible pour un incroyable roulé aux pistache (les pharmaciennes, les gardiennes et les voisins autour de nous sont aussi devenus des fans)…
  • Le vélo tous les jours et les séries sur Netflix pour tenir jusqu’au bout. Maintenant une séance de gym en plus avec un super tuto sur Instagram. Je ne faisais vraiment pas assez de sport avant…
  • Les robes de Jane et sa joie de vivre. J’ai vraiment bien fait de l’épouser !
  • Le télétravail et tout le potentiel des échanges sur le net, dont les apéro-zoom… Franchement j’ai été conquis. Figurez-vous que j’ai réussi à réunir tous mes meilleurs amis de ma classe de terminale ! Ces retrouvailles étaient très émouvantes, et c’est étrange de penser qu’il nous aura fallu attendre une pandémie pour penser à nous réunir sur le net.
  • La rédaction de mon prochain livre que j’ai pu terminer ce 4 mai. C’est incroyable comme j’ai été productif pendant ce confinement et je sais que ce fut le cas de beaucoup d’entre vous.
  • La série “Dans le cerveau de Bill Gates” sur Netflix. Quel génie !

 

Les travaux de Bill Gates

 

J’aimerais partager mon enthousiasme pour les travaux de Bill Gates. Nous savons tous qu’avec Windows il a rendu possible l’essor des ordinateurs portables. Nous sommes aussi nombreux à savoir qu’avec la fondation Bill-et-Melinda-Gates il a permis de faire reculer le Sida dans le monde, ainsi que d’autres maladies. Mais savez-vous que trois de ses plus grands engagements furent des échecs ?

  • Il voulait en finir avec les centaines de milliers de décès d’enfants chaque année pour des diarrhées due à l’insalubrité. Dans ce but, il a conçu et créé des toilettes avec une solution de recyclage des déchets indépendante de toute installation de tout à l’égout. Son prototype fonctionnait bien, mais il n’a pas pu être déployé pour des raisons politiques et financières.
  • Il voulait éradiquer la polio de la planète et il a failli y arriver. Il ne restait plus que deux zones infestées dans le monde, au nord du Nigéria et à l’Est de l’Afghanistan. Boco Haram d’un côté et les Talibans de l’autre ont fait échouer sa dernière campagne de vaccination.
  • Il voulait inventer l’énergie propre et sûre de demain. Dans ce but il repensa complètement le concept des centrales nucléaires pour n’utiliser que de l’uranium de base (non enrichi), ne produisant aucun déchet, et avec un système de refroidissement passif (sans générateurs électriques). Sa première centrale allait être construite en Chine, quand Trump bloqua le projet pour empêcher tout transfert technologique.

 

C’est à la fois décourageant et rassurant. Cela nous montre que l’humanité peut produire des bons génies et qu’il faut nous battre pour des projets qui nous dépassent. Cela nous montre aussi que le succès ne vient pas toujours d’où nous l’attendons. Nous sommes nombreux à nous être engagés pour l’essor de la téléconsultation en France, dont nous furent les pionniers en 2015. Mais qui aurait pensé que c’est une pandémie qui validerait définitivement notre vision ? Cela nous dépasse et cela a été utile pour beaucoup de gens. Nous pouvons en être fiers.

 

Reste à gagner ce combat contre la pandémie justement, et là je vous propose de faire comme moi : sortez couvert ! Je suis vraiment persuadé que c’est comme cela que nous gagnerons notre plein déconfinement.

 

Et n’oublions pas les autres services connectés soutenus par AXA dont nous pouvons en être fiers :

 

Bonne continuation !