Comme vous, je tourne en rond et je me dis : à quoi ressemble ce qui nous arrive ? À un naufrage ! Le navire de notre vie « d’avant » a été coulé le 17 mars, et nous nous sommes tous retrouvés dans l’archipel de nos maisons et de nos appartements. Et comme dans un naufrage, nous espérons chaque jour qu’une fumée, au loin, annoncera un bateau…

 

Dr Philippe Presles

Paris, le 16 avril 2020

 

J’étais comme vous ce lundi de Pâques à boire les paroles du président Macron. Le bateau au loin, c’est lui, et il va accoster le 11 mai. Il n’y aura pas de la place pour tout le monde et il faudra encore attendre d’autres navires. Car nous sommes peu à être immunisés et nous devrons continuer à protéger les plus âgés, tout en libérant les plus jeunes.

 

Avez-vous changé de problèmes ces derniers temps ?

 

Mais ne boudons pas notre plaisir, nous avons été repérés ! Certains se mettent à craindre pour leurs vacances d’été : seront-elles sauvées elles aussi ? En tant que médecin, cette question me fait très plaisir. Pourquoi ? Parce que cela veut dire que nous changeons de problèmes, ce qui est un très bon signe. Je vous donne un autre exemple. Vous vous souvenez de ce monsieur qui avait fait un AVC et que sa femme n’arrivait pas à retrouver dans les hôpitaux ? Aujourd’hui, j’ai la joie de vous annoncer qu’il va beaucoup mieux et qu’il se plaint de la nourriture à l’hôpital. Lui aussi, il a changé de problème ! Son nouveau problème étant plus petit, c’est qu’il va vraiment mieux… Finalement, la sérénité, c’est accepter les nouveaux problèmes avec reconnaissance, s’ils sont plus petits ou au moins différents.

 

Cette philosophie est aussi celle de Sylvain Tesson, un confiné volontaire célèbre. Avez-vous lu « Dans les forêts de Sibérie » ? (Très bien écrit, très intéressant, je vous le conseille). Il est resté tout un hiver – 6 mois – dans une cabane au bord du lac Baïkal, pour nous rapporter son journal. Sa richesse était de posséder le temps, de disposer de solitude, d’espace et de silence. À la fin du livre il apprend par son téléphone satellite que sa femme le quitte. Le lendemain, son problème a changé : « Il est 7 heures, comment parvenir jusqu’à 8 ? » Le surlendemain, il se saoule à en tomber. « L’alcool fait ses ravages dans nos veines. Au moins balaie-t-il tout chagrin ». Tout cela, c’est notre vie à tous, avec ses hauts et ses bas, ses petits problèmes qui chantent et ses catastrophes.

 

Quel est le rapport entre Tesson et Macron me direz-vous ? Dans une interview ce 10 avril sur Arte 28’, j’ai entendu Tesson dire : « Je n’ai pas envie ni d’être tué par un virus ni d’être dirigé par une puce… » Macron l’a parfaitement entendu : le virus, on va le combattre et la puce, elle sera facultative !

 

À la guerre comme à la guerre !

 

Dans la série des petits problèmes, la pénurie de farine continue chez Casino. Jane me demande de la réveiller à 8h pour être à l’ouverture à 8h30. « Ce n’est pas grave, me dit-elle en rentrant, je vais chercher d’autres recettes avec ma T65* » Et elle trouve ! Elle a déniché un biscuit au beurre et aux oignons verts dont l’odeur et le goût me rendent complètement marteau. Voici la recette** (La vidéo est en chinois et sous-titrée en anglais, mais on comprend. Ce lien peut ne pas fonctionner sur un environnement professionnel, dans ce cas ne pas hésiter à changer de réseau) :

https://www.youtube.com/watch?v=50vc67EXTwk

 

Vous vous demandez comment je m’en sors ? Je pédale de plus en plus comme un rat de laboratoire… Heureusement, il y a Netflix ! Tout aussi heureusement, j’ai pu changer la selle du vélo. Un jour j’avais invité le Dr Frédéric Saldmann à dîner et j’étais tout content de lui montrer mon nouveau vélo d’appartement. « Il est bien, mais je plains ta prostate ! » m’avait-il indiqué en rigolant. Que ne l’ai-je écouté tout de suite ! En passant de 30 min à une heure de vélo après la première vague de viennoiseries, j’ai compris ce qu’il voulait dire… Heureusement, il y a Amazon et j’ai pu commander une selle moelleuse. Vous voyez comme cette dynamique de changement de problèmes fonctionne bien : maintenant je suis content d’avoir seulement mal aux cuisses !

 

On peut tout nous prendre, mais pas le printemps

 

Un mois de plus, cela va être terrible ! Ce coronavirus s’en prend à nos nerfs et ceux qui souffraient avant, souffrent encore plus maintenant. Ceux que je suivais pour dépression endurent particulièrement, car l’ennui les terrasse. Facteur aggravant : ils ne sortent plus pour respecter scrupuleusement le confinement. Grave erreur ! Je vous en prie, ne la commettez pas et sortez tous, tous les jours. Allez vous aérer la tête et vous dégourdir les jambes. Je vous en conjure : en gardant vos distances, vous ne mettrez la vie de personne en danger et vous sauverez vos neurones ! Et n’oubliez pas : on peut tout nous prendre, mais pas le printemps…

 

D’autres souffrances psychiques se font jour. À force de se laver les mains, des TOC s’aggravent (Troubles obsessionnels compulsifs). Toutes les addictions sont plus difficiles à contenir. L’angoisse d’être potentiellement malades fragilise certains. D’autres enfin subissent des stress post-traumatiques importants, soit d’être revenu de l’enfer, soit d’y avoir perdu un proche.

 

Cette situation est redoutable au cœur de notre naufrage collectif, et c’est tous ensemble que nous devons trouver des solutions. Dites bien autour de vous que la téléconsultation AXA propose à ses bénéficiaires des consultations de psychologie. Pour tous les Français, c’est AXA Entraide qui propose 3 séances gratuites avec un psychologue clinicien. Enfin, j’ai l’honneur d’avoir participé à la mise en place du service Covid’Ecoute, une plateforme de soutien psychologique lancée ce mercredi par l’association Fondamental, l’Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC) et pwc. Elle propose de nombreuses ressources, ainsi que des téléconsultations gratuites sur la plateforme Qare, partenaire de l’opération. Nous pouvons être fiers de toutes ces initiatives soutenues par AXA.

 

 

Portez-vous bien et à la semaine prochaine !

 

* Pour celles qui m’ont demandé la différence entre les farines, voici la réponse de Jane : Plus le chiffre de la taille est élevé, plus c’est minéral, donc complet. Au-dessus de 70, c’est pour faire du pain. La T65 c’est pour les viennoiseries (pour un cake, des cookies, des biscuits, cela va aussi). La T45-55 pour les gâteaux. Je rajouterai que dans tous les cas, il faut pédaler davantage !

** Notes de Jane :150g de beurre salé à température ambiante, mou mais pas liquide (sinon du beurre doux avec de la fleur de sel) / 30g sucre glace / 160g farine du blé (peut être remplacé par de la farine de riz) / des petits oignons verts ou 1 poireau, en petits morceaux.

On mélange le tout pour avoir une texture homogène, puis on met la pâte dans une poche (qui peut être remplacée par un sac de congélation dont on a coupé le coin). L’usage d’une douille n’est pas obligatoire, car la taille du macaron est suffisamment grande.

Chauffer le four à 185° puis cuisson pendant environ 17min.