L’évolution de la COVID19 est très variable selon les patients, indépendamment de leur sexe et de leur âge. Plusieurs études menées dans des hôpitaux espagnols et italiens avec la participation de scientifiques allemands ont commencé à déterminer les clés expliquant la prédisposition à souffrir des formes les plus graves de la maladie.

 

Par le Dr Pedro L. González, spécialiste en médecine préventive et en santé publique et journaliste scientifique

 

La génétique est essentielle pour déterminer la prédisposition des patients infectés par le coronavirus SARS-CoV-2 à développer les formes les plus graves de la COVID-19, accompagnées d’une grave insuffisance respiratoire et nécessitant des thérapies d’assistance respiratoire avancées.

 

L’analyse du génome complet d’une sélection de patients a permis d’identifier les variantes associées à des manifestations plus graves de la COVID-19. La principale conclusion est que les chromosomes 3 et 9 et, dans une certaine mesure, le système sanguin ABO peuvent expliquer la susceptibilité individuelle, selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM).

 

Le chromosome 3 semble affecter l’expression de certains gènes qui favorisent l’entrée du virus, ainsi que l’apparition ultérieure de ce qu’on appelle le choc cytokinique. Chez la plupart des patients atteints de la variante la plus grave de la maladie, il existe une phase d’aggravation secondaire, que les médecins observent environ dix jours après son apparition.

 

Cette deuxième phase produit une réaction excessive et anormale des systèmes immunitaire et inflammatoire – le choc cytokinique – qui implique la libération massive de molécules impliquées dans le contrôle de l’immunité, au point qu’elle peut conduire à l’épuisement et à la paralysie de l’organisme.

 

Les variantes trouvées sur le chromosome 9 concernent le gène qui détermine le groupe sanguin dans le système AB0 (qui est utilisé pour classer le sang humain en différents types), selon que certains marqueurs apparaissent ou non dans les globules rouges. En ce sens, les résultats montrent que les personnes du groupe sanguin A ont un risque 50 % plus élevé de devoir recourir à une assistance respiratoire en cas d’infection. En revanche, le groupe sanguin 0 semble avoir un effet protecteur, à savoir un risque réduit de 35 %.

 

Cependant, la relation entre le groupe sanguin et le pronostic de la Covid-19 n’est pas connue et se limite à une simple association. Elle est actuellement à l’étude dans le cadre des différentes enquêtes découlant de la recherche principale.

 

Ces résultats ouvrent la voie au renforcement de la protection des personnes a priori plus exposées au risque, ainsi qu’à la conception de traitements plus personnalisés.

 

La compréhension du profil génétique des patients pourrait permettre de réutiliser les médicaments existants pour des approches thérapeutiques spécifiques contre la COVID-19, ainsi que d’accélérer le développement de nouveaux médicaments antiviraux. Le fait de pouvoir identifier les patients susceptibles de contracter une pneumonie grave et leur réactivité à des médicaments spécifiques permettra d’intervenir rapidement en matière de traitement.

 

 

Initiative de recherche ouverte et mondiale sur la génétique COVID19

Les études qui ont permis de progresser dans l’identification de la susceptibilité génétique à la COVID19 sont issues de l’initiative COVID-19 sur la génétique de l’hôte promue par Andrea Ganna, chercheur à l’Institut de médecine moléculaire de Finlande et à l’Université de Harvard aux États-Unis.

 

À l’heure actuelle, cette initiative comprend déjà 157 études génomiques enregistrées, réparties dans plus de 20 pays différents.

 

Les objectifs de l’initiative COVID-19 sur la génétique de l’hôte sont au nombre de trois : fournir un espace où les résultats peuvent être partagés pour faciliter la recherche sur le génome humain en relation avec la COVID-19, organiser des analyses permettant d’identifier les déterminants génétiques de la susceptibilité et de la gravité de la maladie et fournir une plateforme pour le partage des résultats.

 

Des dizaines de scientifiques du monde entier travaillent à cet effort collectif, prélevant des échantillons sur des patients dans les hôpitaux, les comparant à ceux stockés dans des biobanques et mettant en place les outils bioinformatiques pour les analyser.

 

Sources :