Les scientifiques commencent à connaitre les conséquences du variant Delta (B.1.617), qui a été identifié pour la première fois en Inde. Il constitue désormais la souche dominante au Royaume-Uni et devrait le devenir avant le mois d’août dans plusieurs pays européens, dont la France et l’Espagne.

 

Par le Dr Pedro L. González, spécialiste en médecine préventive et en santé publique et journaliste scientifique

 

Les dirigeants de l’Union européenne (UE) se sont engagés à atteindre 70 % de citoyens vaccinés d’ici la fin de l’été 2021. Il y a quelques mois, c’était le pourcentage estimé nécessaire pour atteindre ce qu’on appelle l’immunité collective. Cependant, deux faits obligent à modifier la stratégie de vaccination pour atteindre au moins 90 % de la population :

    • La capacité de transmission élevée du variant Delta.
    • La capacité limitée des anticorps à combattre le variant Delta du SARS-CoV-2.

 

Ce dernier résultat, publié récemment dans Nature, s’explique par le fait que les auteurs ont constaté que les sérums des patients prélevés jusqu’à 12 mois après les symptômes étaient 4 fois moins puissants contre le variant Delta, par rapport aux variants Alpha (B.1.1.7).

 

Les sérums des personnes ayant reçu une dose de vaccins Pfizer ou AstraZeneca ont à peine inhibé le variant Delta. L’administration de deux doses a cependant généré une réponse neutralisante chez 95 % des individus, mais avec des titres 3 à 5 fois plus faibles contre Delta que contre Alpha.  Les chercheurs ont conclu que le variant Delta constitue une menace principalement pour les personnes non vaccinées ou partiellement vaccinées.

 

C’est pour cette raison que les enfants et les jeunes sont concernés. Une étude britannique récente a montré que les enfants et les adultes de moins de 50 ans étaient 2,5 fois plus susceptibles d’être infectés par le variant Delta.

 

Au fur et à mesure que les groupes d’âge plus avancés se font vacciner, les plus jeunes et les non-vaccinés seront plus exposés au risque de contracter la COVID19, quel que soit le variant. Cela explique les taux d’infection élevés enregistrés ces dernières semaines dans plusieurs pays de l’UE, notamment en Espagne et au Portugal, mais aussi en France.

 

Une question importante est de savoir si le variant Delta est plus agressif que le virus original. Sur la base des études des hospitalisations enregistrées, le variant est probablement légèrement plus pathogène chez les personnes non vaccinées (et les vaccins réduisent ce risque de manière significative).

 

D’autre part, des symptômes différents de ceux associés à la souche originale du coronavirus ont été signalés. La toux et la perte d’odorat semblent être moins fréquentes. Et les maux de tête, les maux de gorge, l’écoulement nasal et la fièvre sont présents dans la majorité des cas, selon les études les plus récentes menées au Royaume-Uni, où plus de 90 % des cas sont dus au variant Delta.

 

Le variante delta porte à 90 % la nécessité de population vaccinée pour acquérir une immunité de groupe

 

L’échec du vaccin contre la COVID19, un fait déformé

Il existe des cas de réinfection ou d’échec vaccinal, mais ils sont proportionnellement très peu nombreux, et encore moins nombreux à se retrouver en soins intensifs ou à décéder. Tous les vaccins ont un taux d’échec plus ou moins important, les vaccins contre la COVID19 sont efficaces à 95 %.

 

Les experts ont à peu près identifié les personnes susceptibles d’être touchées, bien qu’il y ait toujours une part de hasard ou de loterie. Il s’agit de personnes âgées chez qui la réponse immunitaire n’est pas aussi bonne, car l’immunité vieillit aussi. Par ailleurs, les personnes transplantée, porteuses du virus VIH ou celles recevant des traitements qui réduisent la capacité immunitaire comme une chimiothérapie sont également plus susceptibles de développer des formes graves.

 

Dans ce contexte, le port du masque à l’intérieur comme à l’extérieur reste fortement recommandé pour les personnes à risque ou lorsque la distanciation sociale ne peut être maintenue.

 

Sources :

  • Planas, D., Veyer, D., Baidaliuk, A. et al. Sensibilité réduite de la variante Delta du SARS-CoV-2 à la neutralisation par anticorps. Nature (2021). https://doi.org/10.1038/s41586-021-03777-9
  • Rapport REACT-1 round 12 : résurgence des infections par le SARS-CoV-2 en Angleterre associée à une fréquence accrue de la variante Delta. Riley, S et al. Imperial College London. 17-Jun-2021
  • La variante Delta fait grimper le taux de Covid-19 en Espagne au niveau le plus élevé d’Europe continentale. Financial Times. July 7
  • Macron s’adresse à la nation alors que l’on craint une montée de la variante Delta en France, July 12 France24
  • SARS-CoV-2 Delta VOC en Écosse : données démographiques, risque d’admission à l’hôpital et efficacité du vaccin Aziz Sheikh, et al published:June 14, 2021DOI:https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)01358-1VOLUME 397, ISSUE 10293, P2461-2462,
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