La protection naturelle contre le coronavirus a fait l’objet d’une controverse depuis le début de la pandémie de COVID19. Plusieurs études permettent désormais de mieux comprendre le type d’immunité et sa persistance protectrice contre le SARS-Cov2, en indiquant qu’il existe une bonne réponse immunitaire capable de durer plus de 8 mois.

 

Par le Dr Pedro L. González, spécialiste en médecine préventive et en santé publique et journaliste scientifique

 

Les personnes infectées par le coronavirus ont reçu des informations contradictoires quant à la possibilité d’être réinfectées après avoir souffert de la maladie. Mais également quant à savoir combien de temps elles étaient protégées contre la réinfection.

 

Les données recueillies au début de la pandémie semblaient indiquer que l’immunité acquise était faible et de courte durée, ce qui laissait à penser que les vaccins devraient être administrés de manière répétée pour obtenir une immunité minimale.

 

Cependant, des recherches récentes soutiennent l’idée initiale selon laquelle on acquiert une protection contre les nouvelles infections et révèlent également le type et la durée de la réponse immunitaire.

 

Les personnes qui survivent à une infection par le coronavirus continuent de produire des anticorps contre le virus même au-delà de 6 mois après les premiers symptômes, selon les résultats obtenus par l’université de l’Arizona durant l’analyse des échantillons provenant de plus de 6 000 étudiants infectés par le coronavirus.

 

Ce résultat vient renforcer ce qui a été constaté dans une autre étude menée à l’hôpital général du Massachusetts. Lors de cette étude, ils ont comparé le sérum des patients atteints de COVID19 avec celui des personnes avant la pandémie. Ils ont ainsi déterminé que les personnes infectées par le coronavirus développent trois types d’anticorps : les IgG de longue durée, les IgM à libération lors de la charge virale maximale et les IgA qui apparaissent sur les surfaces de contact telles que la peau ou les larmes.

 

Les chercheurs ont constaté que les trois types d’anticorps étaient présents à partir de 12 jours après l’infection. Les IgA et IgM ont été de courte durée et ont disparu dans les deux mois suivant l’infection. En outre, les IgG de longue durée ont persisté chez les patients jusqu’à au moins quatre mois après l’infection.

 

D’autres études ont confirmé ces résultats, comme celle menée par le département de médecine interne de l’hôpital Mount Sinai de New York, où plus de 30 000 patients atteints du SARS-Cov2 ont été testés. Ils ont constaté que la production d’anticorps persistait pendant plusieurs mois après l’infection et que 90 % des patients développaient une réponse immunitaire capable d’arrêter une éventuelle seconde infection.

 

Par ailleurs, une étude de l’Université de Washington vient de montrer que certaines cellules de mémoire persistent pendant au moins trois mois. Cela s’ajoute à une autre étude publiée dans Nature, qui assure que les personnes qui se sont remises de la COVID19 présentent des cellules tueuses protectrices même lorsqu’on ne détecte plus les anticorps.

 

Les anticorps contre le Coronavirus protègent pendant plus de 8 mois

 

Les tests de détection des anticorps, un outil fondamental dans la lutte contre la COVID-19

Les tests sérologiques du sang et de la salive effectués à l’université de Toronto sur 450 patients COVID19 ont montré que connaître l’évolution des anticorps peut être un bon moyen de connaître la transmission du virus, en nous révélant qui a été récemment infecté et qui ne l’a pas été. Ils permettent également de savoir qui est asymptomatique.

 

À cette fin, des tests rapides de la salive ont été mis au point qui détectent les différents types d’anticorps : IgA, IgM et IgG et fournissent des résultats en 10 minutes. Ils servent à connaître la réponse immunitaire à l’infection, en particulier chez les patients qui ne présentent pas de symptômes spécifiques et ne savent pas qu’ils sont atteints d’une infection active par le SARS-CoV2. Ils permettent également de savoir si l’infection s’est produite au cours des deux derniers mois ou plus tôt.

 

Toutes ces recherches ont été couronnées par la découverte que les survivants du syndrome SARS (syndrome de détresse respiratoire, causé par un autre coronavirus) ont encore des cellules mémoires 17 ans après l’infection. Il n’est donc pas insensé de prédire que quelque chose de similaire pourrait se produire avec le SARS-Cov2.

 

Sources :

  • Mémoire immunologique du SARS-CoV-2 évaluée pendant plus de six mois après l’infection. Jennifer M. Dan, et al. BioRxiv 2020.11.15.383323; doi: https://doi.org/10.1101/2020.11.15.383323
  • Persistance et déclin des réponses des anticorps humains au récepteur de la protéine de pointe du SARS-CoV-2 chez les patients atteints de COVID-19. Sci Immunol. 2020 Oct 8;5(52):eabe0367. doi: 10.1126/sciabe0367.
  • De solides anticorps neutralisants l’infection par le SARS-CoV-2 persistent pendant des mois Wajnberg et al., Science 10.1126/science.abd7728 (2020).
  • La mémoire immunitaire fonctionnelle spécifique au SRAS-CoV-2 persiste après une légère COVID-19 Lauren B Rodda, et al. medRxiv 20208.11.20171843; doi: https://doi.org/10.1101/2020.08.11.20171843
  • Caractérisation des cellules CD8+ T spécifiques du SARS-CoV-2 préexistantes et induites. Nat Med (2020). https://doi.org/10.1038/s41591-020-01143-2
  • Persistance des réponses des anticorps sériques et salivaires aux antigènes de pointe du SARS-CoV-2 chez les patients atteints de COVID-19. Sci Immunol. 2020 Oct 8;5(52):eabe5511. doi: 10.1126/sciimmunol.abe5511.