Le problème du suicide est un défi complexe qui requiert l’attention des professionnels de la santé et l’implication de la société dans son ensemble. Bien que le suicide ait un impact profond sur les individus, les familles et les communautés, il s’agit d’une tragédie évitable pour laquelle des stratégies efficaces peuvent être mises en place.

 

Le suicide en chiffres

Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, environ 700 000 personnes se suicident chaque année dans le monde, et pour chacune d’entre elles, 20 autres tentent de se suicider sans succès. Ainsi, l’objectif proposé par l’OMS de réduire d’un tiers le taux de mortalité par suicide dans le monde d’ici à 2030 n’est pas atteint.

L’un des secteurs de la société les plus touchés par le suicide est celui des jeunes. Dans la tranche d’âge des 15-29 ans, le suicide est l’une des principales causes de décès.

En ce qui concerne les méthodes utilisées, l’ingestion de substances toxiques, la pendaison et l’utilisation d’armes à feu figurent parmi les méthodes de suicide les plus courantes dans le monde.

Le suicide en Espagne

L’année 2021 est l’année où le nombre de suicides enregistrés en Espagne est le plus élevé depuis que les données sont disponibles.

Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays voisins, l’Espagne n’a pas progressé dans la réduction du nombre de suicides au cours des vingt dernières années.

Selon l’INE, 4 003 personnes sont décédées par suicide en 2021. Cela représente une moyenne de 11 personnes par jour, dont trois quarts d’hommes et 25 % de femmes.

Le suicide reste la première cause de mort non naturelle en Espagne, dépassant de loin les accidents de la route (1 599), les homicides (283) ou les violences de genre (43).

Entre 15 et 29 ans, le suicide est la principale cause absolue de décès, avec 316 décès par an, contre 299 décès dus aux accidents de la route ou 295 décès dus au cancer.

Aux décès par suicide s’ajoutent les tentatives de suicide et les idées suicidaires. Selon certaines estimations, il pourrait y avoir environ 80 000 tentatives de suicide en Espagne au cours d’une année.

Évaluation et groupes à risque

L’identification précoce des personnes ayant des idées suicidaires est essentielle pour la prévention.

Certaines variables sociodémographiques, associées à d’autres facteurs, peuvent déterminer un risque de suicide plus élevé. Il s’agit notamment des variables suivantes :

  • Le fait d’être un homme. 75 % des suicides sont commis par des hommes.
  • Avoir plus de 65 ans. En Espagne, les personnes âgées de plus de 65 ans représentent 30 % des cas et constituent le groupe d’âge où la prévalence est la plus élevée.
  • Ne pas avoir de partenaire. Les célibataires ont un risque de suicide 3,5 fois plus élevé que les personnes mariées.
  • Souffrir de maladies chroniques. Certaines études associent jusqu’à 25 % des suicides à la présence de maladies chroniques.
  • La consommation de drogues. La consommation de drogues et d’alcool augmente le risque de suicide.
  • Les troubles mentaux. Il existe un lien bien établi entre le suicide et certains troubles mentaux, comme la dépression.
  • Tentative de suicide antérieure. Le principal facteur de risque de suicide est le fait d’avoir déjà tenté de se suicider.

L’évaluation du risque de suicide peut être réalisée dans différents contextes, principalement dans les milieux cliniques, éducatifs et professionnels. Parmi les outils qui se sont révélés utiles figurent les questionnaires d’évaluation du comportement suicidaire. Ils peuvent être utilisés à des fins de dépistage, d’évaluation du risque de tentative et de détection précoce.

À cet égard, il est nécessaire de garder à l’esprit que les conflits, les catastrophes, les actes violents et/ou traumatisants, les abus, la perte d’êtres chers et l’isolement social sont des éléments qui peuvent générer des idées ou des comportements suicidaires.

De même, les taux de suicide sont particulièrement élevés parmi les groupes sociaux vulnérables qui souffrent de discrimination, tels que les réfugiés, les migrants, les peuples autochtones et les personnes d’orientation sexuelle différente, entre autres.

 

Prévention et contrôle du suicide

Les suicides peuvent être évités en prenant des mesures au niveau de la population générale, ainsi que dans des groupes spécifiques et au niveau individuel. Les gouvernements nationaux devraient prendre des mesures pour prévenir le suicide, de préférence par le biais d’une stratégie nationale globale de prévention.

Le guide de l’OMS sur la prévention du suicide « Vivre la vie » recommande un certain nombre d’interventions pour réduire le nombre de suicides. Tout d’abord, les éléments suivants sont proposés dans le cadre de la stratégie :

  • Analyse de la situation. Fondamentale pour planifier des actions visant à réduire le nombre de suicides dans un pays ou une région en particulier.
  • Collaboration multisectorielle. Les facteurs de risque de suicide étant liés à diverses sphères institutionnelles, gouvernementales et sociales.
  • Sensibilisation et promotion. Basés sur un processus de communication destiné à la population en général et plus spécifiquement à un public cible.
  • Renforcement des capacités. Formation des professionnels de la santé, des éducateurs et des personnes travaillant avec les jeunes et d’autres groupes vulnérables.
  • Financement. Pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques, de stratégies et de plans, ainsi que pour le développement de services.
  • Surveillance, suivi et évaluation. Pour déterminer si une intervention a été efficace et si les ressources ont été utilisées à bon escient.

En ce qui concerne les principales interventions pour prévenir le suicide, voici quelques propositions :

  • Limiter l’accès aux moyens de se suicider. Il s’agit notamment de rendre plus difficile l’accès aux pesticides, aux drogues, aux substances toxiques et aux armes à feu. Il s’agit également d’autres types d’actions telles que l’installation de barrières dans les endroits où il est possible de sauter.
  • Une information responsable dans les médias. Le fait de rapporter un suicide peut entraîner une augmentation du nombre de suicides par imitation, surtout s’il s’agit de célébrités, ce que l’on appelle « l’effet de contagion ».
  • Travailler sur les compétences socio-émotionnelles des adolescents. Mettre en œuvre des programmes pour les adolescents qui utilisent une approche positive de la santé mentale, la formation du personnel éducatif et des initiatives visant à garantir un environnement éducatif sûr.
  • Détecter, traiter et suivre les personnes qui présentent des idées et des comportements suicidaires. Les personnes exposées au risque de suicide doivent recevoir le soutien et les soins nécessaires de la part des prestataires de soins de santé, des éducateurs, des membres de la famille et d’autres groupes concernés.

Une prévention efficace du suicide nécessite la coordination et la collaboration de divers secteurs de la société, notamment les institutions gouvernementales, sanitaires et éducatives, les médias et les réseaux sociaux, entre autres.

Il est également important que les programmes puissent être mis en œuvre à tous les niveaux de l’administration publique, y compris au niveau local. Ces activités doivent être globales et holistiques, car aucune approche unique ne peut résoudre un problème aussi complexe.

Promotion de la santé mentale

Dans le cadre de la prévention du suicide, il est nécessaire d’envisager des mesures de promotion de la santé mentale en général, en accordant une attention particulière à la dépression et aux autres troubles mentaux qui peuvent être liés aux idées suicidaires.

La promotion de la santé mentale et de la résilience joue un rôle clé dans la prévention du suicide à long terme. L’éducation à la santé mentale, les campagnes de sensibilisation et la réduction de la stigmatisation associée aux troubles mentaux sont des stratégies essentielles.

De même, le traitement des personnes présentant un risque de suicide est crucial pour prévenir de futures tentatives. À cet égard, la thérapie cognitivo-comportementale s’est avérée efficace pour réduire les pensées et les comportements suicidaires. En outre, les thérapies fondées sur la prévention du suicide s’attachent à traiter les facteurs de risque spécifiques et à promouvoir les capacités d’adaptation. Dans ce domaine, le soutien social et l’accès aux services de santé mentale sont des facteurs de protection essentiels.

 

Sources :