La plupart des personnes qui ont subi la quarantaine montrent des altérations de leur santé émotionnelle et psychologique, selon une étude menée par plusieurs universités espagnoles entre mars et mai 2020. L’attention portée aux signes psychologiques de changement et le renforcement de la capacité de résilience sont essentiels pour éviter que les conséquences psychosociales de la COVID-19 n’affectent gravement les individus et la société.

 

Par le Dr Pedro L. González, spécialiste en médecine préventive et en santé publique et journaliste scientifique

 

Il ressort de cette étude espagnole que la Covid a tendance à rendre plus inquiet :

  • 77,5 % des personnes interrogées ont indiqué que leur niveau d’incertitude avait augmenté.
  • Par ailleurs, 75,5 % ont déclaré que leur crainte de perdre un être cher avait augmenté
  • et 67,9 % ont déclaré qu’elles étaient plus inquiètes de souffrir ou de contracter une maladie grave (coronavirus ou autres), un tiers d’entre elles se disant très inquiètes de cette possibilité.

 

La covid perturbe aussi la vie psychique :

  • 52,8 % de l’échantillon interrogé ont déclaré avoir souffert de problèmes de sommeil.
  • Les variables du spectre dépressif, les sentiments négatifs ou de désespoir et la solitude présentent également une augmentation.

 

Cette tendance au changement émotionnel vers l’inquiétude et la dépression est plus importante lorsqu’on se réfère à des personnes qui présentent des symptômes ou qui ont été diagnostiquées atteintes de la COVID-19. C’est également vrai pour les femmes et les personnes qui ont été confinées seules, et à mesure que le statut socio-économique et la stabilité de l’emploi diminuent.

 

En général, les sentiments de confiance et d’optimisme ont diminué, cette diminution étant plus importante chez les femmes, chez celles dont la situation professionnelle s’est détériorée et chez celles qui ont eu des symptômes ou diagnostiquées de la COVID-19. Les sentiments de vitalité et d’énergie ont également diminué pour l’ensemble de l’échantillon interrogé.

 

Il a également été observé une augmentation des sentiments d’irritabilité et de colère, cette augmentation étant légèrement plus importante chez les groupes d’âge plus jeunes, les femmes et les personnes présentant des symptômes ou diagnostiquées de la COVID-19.

 

Changements de comportement et de mode de vie à la suite de la pandémie de COVID-19

En général, les changements de comportement étaient plus prononcés chez les femmes.  Voici les principales conclusions :

  • 21 % des participants ont augmenté leur consommation de tabac.
  • La consommation de cannabis a augmenté de 4,2 %, (mais 7,9 % des participant ont diminué leur usage).
  • Il a été constaté que 20,8 % ont consommé plus d’alcool, contre 18,2 % qui ont réduit leur consommation.
  • La consommation de médicaments a augmenté de 12,9 %. La consommation de psychotropes a augmenté de 11 %.
  • 43 % ont déclaré avoir augmenté leur temps passé sur les jeux vidéo. L’utilisation des réseaux sociaux a augmenté de 71 % dans l’échantillon interrogé.
  • La consommation d’aliments riches en calories a augmenté de 41 % dans l’échantillon interrogé.
  • Bien que 28 % aient signalé une certaine augmentation de l’exercice, 46 % ont déclaré que leur activité physique avait diminué.
  • Enfin, généralement le temps passé devant la télévision a augmenté (67 %).

 

Recommandations pour éviter les dommages psychologiques dus à la pandémie

La plupart d’entre nous peuvent se réinventer et adapter leur vie du mieux qu’ils peuvent pendant la quarantaine. Néanmoins, nous devons mieux nous surveiller pour ne pas flancher. Voici quelques exemples :

  • Identifier les signes qui peuvent indiquer le besoin d’une aide psychologique parce que l’on ne peut plus fonctionner normalement dans notre routine quotidienne :
    • Plus d’anxiété
    • Pression dans la poitrine
    • Essoufflement
    • Insomnie
    • Plus d’irritabilité
    • Devenir trop émotif…

 

  • Savoir quand vous devez agir pour vous-même. Pour cela, vous pouvez utiliser une nouvelle adaptation du score d’APGAR, que l’on utilise normalement pour évaluer les nouveau-nés. APGAR est l’acronyme de : apparence, performance, croissance, affection et relations.
    • L’apparence fait référence à votre état physique. Si vous n’avez pas bonne mine parce que vous ne dormez pas assez ou ne prenez plus assez soin de vous.
    • La performance peut être faible ou élevée, aussi bien au travail qu’à la maison.
    • La croissance est la capacité et la volonté d’acquérir de nouvelles informations.
    • L’affection est liée au fait que vous pouvez devenir plus émotif, mais vous pouvez aussi montrer des réactions plus agressives.
    • Les relations concernent un changement radical dans la façon dont vous vous comportez avec les autres. Vous pouvez vous sentir plus seul ou chercher d’autres personnes parce que vous avez peur d’être seul.

 

La règle est que si au moins deux de ces cinq dénominateurs cessent de fonctionner correctement et de manière soudaine chez vous, vous devez demander de l’aide car vous pouvez souffrir de stress toxique.

 

Sources :