Le confinement lié à l’épidémie de Covid a été très éprouvant pour tous les Européens, surtout sur le plan psychologique ! Le sentiment d’être en mauvais état de santé mentale a triplé, ce qui est considérable. Surtout, l’impact du confinement a été très variable selon les différentes situations, familiales ou professionnelles. Les Européens ont eu des comportements similaires pour s’adapter à la situation et ils ont fait appel aux services de psychothérapeutes.

Dr Philippe Presles, Médecin et psychothérapeute (TCC, ACT)

 

Une grande étude menée par l’InSites Consulting, et diligentée par AXA, a interrogé 5800 Européens sur l’évolution de leur santé mentale à l’issue du confinement. Il en ressort que la population européenne a été très éprouvée, le pourcentage de gens s’estimant en mauvaise santé mentale passant de 7 à 22 %. Ce triplement concerne tous les pays étudiés, à savoir la Belgique, l’Allemagne, la France, la Suisse, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne. En France, pays réputé pour sa meilleure santé, ce chiffre est quintuplé de 3 à 15 %. Contrairement à une idée reçue, la population âgée a plutôt bien résisté sur le plan psychologique, avec seulement 8 % de déclaration d’un mauvais état de santé mentale en France.

 

De nombreux facteurs aggravants

Cette perception d’être affecté mentalement par le confinement a été aggravée par plusieurs facteurs :

  • L’état de santé mental antérieur (dépression et anxiété principalement).
  • La détérioration des ressources financières (pour plus de la moitié des personnes gravement touchées).
  • La perte du travail.
  • Et les crises familiales.

 

Cette étude aura permis de constater qu’un cinquième des couples ou des familles européennes ont traversé une crise (de 16 % en Belgique à 29 % en Espagne). Les violences intrafamiliales pourraient concerner 3 à 10 % d’entre elles (3 % en Italie et 10 % en France).

 

Dans ce contexte, l’accès aux consultations de psychologie a été compliqué par le confinement. Les services en ligne et les téléconsultations ont été un peu mieux connus et certains ont été bien utilisés. Deux points sont notables, en positif et en négatif. En positif, 70 % des Européens comprennent qu’il est normal de consulter des psychologues en cas de souffrances psychiques, ce qui constitue un progrès en termes d’acceptation. En négatif, la moitié des Européens atteints psychiquement n’ont pas les moyens de se payer le soutien de psychothérapeutes. Notons qu’en France, ces consultations ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale et qu’elles le sont, jusqu’à certains niveaux, par des complémentaires santé.

 

Résilience et remise en cause

Concernant l’ensemble de la population, 9 Européens sur 10 estiment qu’ils ont réussi à s’adapter à la situation générée par le confinement. Les facteurs de résilience ont été :

  • Le temps partagé avec leurs proches pour 65 % des interviewés.
  • La cuisine et le « healthy food » pour 59 % d’entre eux.
  • 58 % ont suivi des émissions télévisées.
  • La pratique du sport, 44 % à l’intérieur de chez eux et 49 % en dehors.
  • Et la socialisation en ligne pour 49 % des participants, tant au travail qu’avec leurs proches.

 

Il en ressort que nous sommes clairement devenus une véritable civilisation connectée et que l’usage des outils sociaux, du télétravail, des loisirs en ligne a considérablement été développé par le confinement. Il en ressort aussi qu’une grande partie des Européens ont été vigilants à rester en bonne santé psychique et physique (temps passé avec les proches, cuisine « healthy », activité physique).

 

Ce qui est également notable, c’est que le confinement a amené nombre d’entre nous à reconsidérer leurs projets de vie. C’est le cas d’une bonne moitié des Européens, soit 58 % des Français ou encore 62 % des britanniques. Dans les pays où le confinement a été plus sévère, cette remise en cause personnelle est plus élevée et touche 70 % des Italiens et 72 % des Espagnols. Inversement, dans les pays ayant pu gérer plusieurs niveaux de confinement, cette réflexion sur les projets de vie concerne un peu moins de gens, soit 43 % des Allemands, 51 % des Suisses et 52 % des Belges.

 

Mais cette situation de confinement doit vraiment rester exceptionnelle, car 77 % des Européens souffrent de manque de contact avec d’autres personnes que leurs proches. Le risque d’isolement est réel. Retenons en positif, que le confinement a contribué à la sensibilisation des Européens aux questions des souffrances psychologiques. Cela constitue l’objectif majeur de l’OMS, à travers la journée du 10 octobre en faveur de la santé mentale.